Les vignes du Seigneur by Charles Monselet

CHARLES MONSELET

LES VIGNES
DU SEIGNEUR

PARIS
VICTOR LECOU, ÉDITEUR
LIBRAIRIE DE LA SOCIÉTÉ DES GENS DE LETTRES
10, rue du Bouloi, 10

1854

ODE A L’IVRESSE

Ivresse chaude et forte,
A qui j’ouvre ma porte
Les jours de désespoir,
Ivresse, viens ce soir.
Viens, éclate et flamboie!
Ivresse, sois ma joie;
Apaise à flots pressants
La soif de tous mes sens.
Viens, nous irons, ma chère,
Voir sous le réverbère
Les ivrognes ronflants
Et rouges de vins blancs;
Et ces fakirs des halles,
Qui rêvent sur les dalles
D’un cabaret impur,
Les yeux fixés au mur.
Sur le seuil des tavernes,
Trébuchants, les yeux ternes,
Ta bouche me dira
Hoffmann et Lantara.
Quelle forme enchantée,
Courtisane-protée,
Quel costume impromptu
Pour moi vêtiras-tu?
Auras-tu robe blanche,
Col étroit, lourde hanche,
Et, Champagne engageant,
La couronne d’argent?
Seras-tu la coquine
Et svelte Médocquine,
Qu’on boit à petit feu,
Fille de Richelieu?
Ou la Flamande épaisse,
Honneur de la kermesse!
Dont Brauwer le fripon
Tracasse le jupon?
Terrible ou caressante,
Pâlie ou rougissante,
Au diable l’embarras!
Viens comme tu voudras;
Viens, pourvu que je voie,
Vieille fille de joie,
Étinceler encor
L’eau-de-vie aux yeux d’or,
Sans voile, sans agrafe,
Toute nue, en carafe,
Éclair emprisonné
Sous le cristal orné!
Viens, je suis ton poëte!
Avant que je te jette
Mes bras autour du cou,
Va mettre le verrou.
Est-ce que tu me boudes?
Pose là tes deux coudes,
Et, pendant que je bois,
Parle-moi d’autrefois.
Te souvient-il, drôlesse,
De ma grande tristesse
Et des pleurs insensés
Que nous avons versés?
Heures trop tôt flambées!
Grosses larmes tombées!
Fureurs sous les balcons!
Délires sans flacons.
Bah! si je vous regrette
C’est peut-être en poëte;
Et peut-être ai-je tort
De croire mon cœur mort.
L’amour! je le retrouve,
Chaud comme sang de louve,
Au fond du verre ardent
Qui grince sous ma dent.
Mettre, ô folle merveille!
Des baisers en bouteille,
Et, comme une liqueur,
Boire à longs traits son cœur!
Aussi bien, ma maîtresse,
C’est toi, toi seule, Ivresse!
Et, dans tes bras de feu,
A tout j’ai dit adieu.
Ah! comme je t’adore,
Effroyable Pandore!
Pourtant, je te le dis,
Souvent je te maudis.
Cet amour que j’étale
Pour toi, belle brutale,
On en sait le pourquoi:
Tu ne trompes pas, toi!
Tu ne sais pas, d’usage,
Avec un art sauvage
Tirer les pleurs des yeux:
Tu fais mourir, c’est mieux.
Viens, les coupes sont prêtes,
Madère des tempêtes,
Toi, gin qui fais les fous,
Et vin à quatre sous!
Viens, il me faut la lutte
Sous la table en culbute,
Tous deux, à bras le corps,
Et les yeux en dehors.
Les bouteilles qu’on casse,
Les chaises que ramasse
Le plaintif hôtelier,
Tordant son tablier;
Les coups, et puis la garde,
Et le sang qu’on regarde
Couler stupidement
Sur le plancher fumant…
Prends toute ma tendresse,
Je t’appartiens, Ivresse;
Maintenant c’est ton tour,
Et que meure l’Amour!
Meurs, toi qui fus mon maître,
Meurs deux fois;—et peut-être
Qu’un jour, en frappant là,
Plus rien ne répondra!

EN MÉDOC

POËME

I.

Le pays de Médoc, c’est la verte oasis
Qui s’élève au milieu des landes de Gascogne;
Elle a des bois épais et des étangs fleuris,
Et des nappes de vigne aux sentiers infinis,
Belles à réjouir le poëte et l’ivrogne.
Elle repose et tremble entre deux vastes eaux;
L’Océan la dévore et le fleuve la berce;
La Garonne l’endort au chant de ses roseaux;
De son pied irrité la mer la bouleverse
Et change tous les jours les dunes en tombeaux.
Le Médoc est charmant: il réjouit la vue;
J’aime ses bourgs ombreux dans l’horizon noyés,
Ses brouillards du matin et ses bas-fonds rayés,
Ses pins toujours tremblants que traverse la nue,
Ses innombrables ceps qui croissent par milliers
Comme au pays normand font les petits pommiers.
L’âge d’or dans son sein a renoué la trame
Des anciens jours de paix, de labeur et de foi;
Ses clochers ont des sons qui vont remuer l’âme;
On y croit aux sorciers, on adore le roi.
Ce ne sont, au soleil, que joyeuses familles,
Jeunes femmes, enfants, brunes et fortes filles
Dans les sillons rougis suivant les chariots;
Alertes compagnons aiguillonnant l’allure
Des grands bœufs mugissants, qui portent pour parure
Des grappes à leur tête en guise de grelots.
Ce ne sont tous les jours que danses et délires,
Que chansons appelant un chœur d’éclats de rires,
Un tableau rencontré de Léopold Robert!
C’est le pays fertile. Alentour, le désert.
Alentour, l’étendue immobile et brûlante,
La terre qui se tait quand la lumière chante,
Le néant qui fait peur à l’âme et peur aux yeux.
Alentour, la misère et sa nudité pâle,
Le hâve paysan, frileux et souffreteux,
Hissé sur ses grands bois, avec son chien honteux,
Pourchassant en silence un noir troupeau qui râle,
Le pêcheur dont on voit le talon s’essayer
Sur le sable endormi qui peut se réveiller…
Un jour sera, dit-on, où le vieux dieu Neptune
Cessera de briser ses leviers souverains
Et d’ébrêcher son sceptre aux cailloux de la dune:
Jadis il a juré, par sa barbe aux longs crins,
Qu’il viendrait engloutir le Médoc, à la lune,
Avec tous ses tritons et ses vassaux marins!

II.

Près du fleuve gascon, urne aux ondes moqueuses
Entre Dignac, Loirac, Queyrac, Seurac, Cyvrac,
Au milieu des grands crus et des villas fameuses,
S’égare en vingt détours le bourg de Valeyrac.
De loin, on le pressent à ses plaines bénies,
A ses oiseaux bavards, à ses poudreux buissons,
A sa blanche fumée aux torsades bleuies.
C’est ce riant hameau que tous nous connaissons.
Les meules de foin vert à l’horizon groupées,
Les vaches, les canards et les petits garçons,
Des charrettes gisant dans un coin, éclopées;
La place aux huit ormeaux; l’église, vis-à-vis,
Où nous avons, enfants, communié jadis;
Le bois, des deux côtés emprisonnant la vue,
Qui penche sans un bruit ses massifs noirs et lourds
Et finit au tournant de la maison prévue,
La maison du berceau qui sait nos heureux jours,
Et les jardins déserts où veillent nos amours!
On était en automne, et, par une embellie,
L’aurore se levait, frissonnante et pâlie:
Ses voiles teints de pourpre, échappés à ses doigts,
Balançaient vaguement, comme une large écume,
Les coteaux d’orient endormis dans la brume,
Et jetaient cent lueurs aux tuiles des vieux toits.
Tout dans le fond du parc et parmi la grande herbe,
Ils allaient à pas lents, l’un sur l’autre appuyés,
Elle, les yeux baissés, lui, le regard superbe,
A travers la bruyère et les bleuets ployés.
Ses blonds cheveux étaient noués à la Diane,
Un lien de velours rouge en dessinait le tour;
Et leurs anneaux tombant sur sa chair diaphane
Ombrageaient son épaule au limpide contour.
Un ruban, qui flottait, serrait sa taille fine;
Elle avait mis à nu ses petits bras soyeux;
Et, le long du chemin étroit et sinueux,
Passait et repassait la blanche mousseline,
Entre les arbrisseaux, entre les troncs noueux,
Comme une jeune fée à l’œil qui la devine.
Ces deux amants marchaient et se parlaient si bas,
Que les lézards peureux ne s’en détournaient pas;
Coquelicots et lys saluaient leur passage,
Branches de s’agiter; et, du haut du feuillage
Où d’invisibles nids dérobent leur séjour,
Il leur tombait des chants de bonheur et d’amour!
Mais les parents suivaient. Leur entretien, sans doute,
A ce que je suppose, était moins attachant,
Car ils parlaient très-fort, et d’instant en instant
Coupaient par les sentiers pour abréger la route.
On devinait soudain, à les apercevoir,
La mère de Lucien et l’oncle de Nicette:
L’une au maintien pieux, toujours vêtue en noir,
Veuve encore attrayante et de mine discrète;
L’autre, obèse et rougeaud, campagnard enrichi,
Façon de Carabas engraissé par l’ennui.
Ces gens-là possédaient une ancienne futaie,
Séparée autrefois par une vive haie
Où s’épanouissait Avril à son retour,
Et par où les enfants s’entrevirent un jour.
Ils étaient bien petits, la haie était bien close;
«Les paroles passaient, mais c’était peu de chose.»[1]
Mais au printemps prochain, quand les rayons premiers
Revinrent entr’ouvrir les fleurs fraîches écloses,
O bonheur! leurs deux fronts gagnèrent les rosiers
Et leur premier baiser s’échangea dans les roses.

[1] La Fontaine: Pyrame et Thisbé.

Lucien partit un jour, sa mère l’ordonna.
Il allait à Paris terminer ses études.
Que de pleurs, de serments, de gages on donna
De part et d’autre! Adieu nos chères solitudes!
Adieu notre Médoc, notre bonheur ancien!
Nos chiffres enlacés sur l’écorce des chênes!
Adieu, jusques au jour des vendanges prochaines!
Nicette soupira tous les jours.—Et Lucien?

III.

Vingt ans et voir Paris! Fuir la province aimée,
Cette vieille nourrice au front doux et songeur,
Voir derrière ses pas la porte refermée,
Sentir sécher l’adieu sur sa lèvre embaumée,
Et s’en aller où va tout enfant voyageur!
C’est le destin fatal.—Là-bas est la merveille,
Dit une voit trompeuse à qui l’on tend l’oreille.
Lucien connut Paris; et, comme la plupart,
Il se laissa gagner par de vaines chimères
Qui, la rose aux cheveux et la flamme au regard,
S’en vinrent le chercher, un matin qu’à l’écart
Le souvenir faisait ses heures plus amères.
Il ne posa d’abord qu’un pied indifférent
Dans ce monde joyeux, qui le trouva de glace;
Mais bientôt,—je ne sais quel charme l’attirant—
Il entra tout entier et demanda sa place.
Et ce fut de ce jour qu’à des épines d’or
Il déchira son cœur et perdit la sagesse;
Et qu’à ce sol étroit attachant son essor,
Il ne s’occupa plus qu’à vieillir sa jeunesse.
Il connut de ce temps la sottise et les mœurs,
Dépouilla désormais ses anciennes humeurs,
Les femmes de toujours, les folles Cydalises,
Dont les jours ne sont rien qu’un vif enivrement,
Salamandres d’amour, de toute flamme éprises,
Passèrent près de lui dans leur essaim charmant.
Elles ne mettent plus, ainsi que les marquises,
Ces mouches sur le teint qui faisaient l’œil moqueur,
Les mouches d’à présent se portent sur le cœur.
Ce furent celles-là, Lucien, qui te perdirent,
Lorsque à ton cou d’enfant elles se suspendirent,
Et que de tes trésors de tendresse amassés
Elle t’eurent tout pris, sans t’avoir dit: Assez!
Si bien qu’à la vendange où l’attendait Nicette,
Quand s’en revint Lucien, espéré si longtemps,
Il n’était plus le même,—ô surprise inquiète!—
Il avait vu Paris, il n’avait plus vingt ans.

IV.

Allons, les vendangeurs, la cloche vous appelle.
Debout, et travaillez; c’est l’heure du réveil;
L’horizon que sillonne une jeune étincelle
S’ouvre comme un cratère et vomit un soleil!
Et tous, dans le hangar où le maître les parque,
Comme un bétail grossier sur la paille étendu,
Hommes, femmes, enfants,—sans donner une marque
De mécontentement, de sommeil suspendu,—
Se lèvent pour avoir le pain qui leur est dû.
Ce sont des paysans aux formes athlétiques,
Taillés sur le patron des montagnards antiques,
Avec des nerfs d’acier et des poitrails velus;
Un sayon en lambeaux couvre à peine leur torse;
Leur chair, comme le buffle, est d’une épaisse écorce,
Et sans crainte de l’air ils pourraient aller nus.
Partons, mes vendangeurs, car le coteau ruisselle.
Il se dresse éclatant, ses flancs semblent fumer,
Il gémit sous la vigne: on dirait qu’il recèle
Une haleine puissante et prompte à s’enflammer.
Le cadavre géant de l’antique Cybèle,
Qu’au fond du sol ardent va chercher le rayon,
Se ranime et tressaille;—aux fentes du sillon
On croirait voir percer le bout de sa mamelle.
On part, musique en tête. On gravit le coteau,
On pose un pied glissant sur le sable qui grince;
Puis, à chaque sentier, la troupe se fait mince:
Ceux-ci sur le versant, ceux-là sur le plateau,
S’égarent à loisir parmi les feuilles vertes;
La vigne a remué ses branches entr’ouvertes,
Et tous ont disparu comme sous un manteau.
Le bœuf regarde au loin, traînant l’essieu qui crie,
Car la charrette est pleine; et j’entends le bouvier
Traîner ses sabots lourds sur la terre amollie.
Le chien aboie et court,—on arrive au cuvier.
C’est une cave immense, ou plutôt c’est un antre
Où le vin en courroux monte au nez dès qu’on entre,
Courant des piliers noirs au cintre surbaissé,
—Un temple de Bacchus dans le sable enfoncé.—
Comme un chœur de Titans, là sont d’énormes cuves
Où la liqueur mugit comme dans des étuves.
Douze à quinze garçons, du matin jusqu’au soir,
Nu-jambes et nu-pieds dansent dans le pressoir,
Une étrange vigueur en leurs veines circule:
On les dirait piqués par une tarentule;
Sous leurs talons nerveux, rouges et ruisselants,
Dans la mare de bois les grappes s’éparpillent;
Les raisins égorgés éclatent et pétillent;
Ils courent éperdus, noyés, demi-saignants;
Toujours monte et descend la brutale cheville,
Le danseur infernal les brise sans les voir,
La grappe aux longs bras nus comme un serpent sautille,
La boisson turbulente écume,—tourne,—brille,
Et s’égoutte en chantant au fond du réservoir!

V.

On n’avait pas encore atteint ces jours d’octobre
Où de bruit et d’éclat la terre se fait sobre.
La chaleur était grande. Au lit de l’occident
Le soleil retrempait son disque fécondant,
Fier encor, rejetant son manteau par derrière
Sur le seuil, où reluit une pourpre dernière,
—Tête sans diadème et lente à s’effacer;—
Tandis que, dans un coin du ciel lourd de l’automne,
L’autre roi réveillé qui murmure et qui tonne,
La foudre se rangeait pour le laisser passer!
La prairie arrêtait ses herbes ondoyantes;
Immobiles, sans bruit, les vagues haletantes
Brûlaient et flamboyaient à ses derniers rayons,
Et la colline aussi, d’arbres échelonnée,
Et de rouges vapeurs bordée et couronnée,
Dressait ses peupliers en muets bataillons;—
Si qu’un vent étourdi les fouettant de ses ailes
Jaillissaient aussitôt des milliers d’étincelles!
Et le soir s’abaissait. Par la plaine et les monts,
Sous les cieux imprégnés d’une couleur orange,
Il courait en tous lieux une harmonie étrange,
De ces ranz inconnus et doux que nous aimons.
C’étaient des bêlements, des sifflets, des clochettes,
C’étaient des angélus, des grillons, des musettes,
Une hymne sainte et grave, un bruit sévère et lent;
C’était le bruit que fait le jour en s’en allant.
Tout dans le fond du parc, et parmi la grande herbe,
Ils allaient à pas lents, joyeux,—heureux déjà;
Elle, les yeux baissés, lui, le regard superbe,
Comme si rien d’amer n’avait passé par là.
Des bonheurs d’autrefois ils renouaient la gerbe.
Comme on se séparait, Lucien saisit soudain
Une main qu’on laissa reposer dans sa main,
Et puis dit, d’un accent que le regard achève:
—Ce soir, près de l’étang…—Nicette avait frémi,
Sa blanche main s’était retirée à demi;
Et, son œil s’entr’ouvrant comme au milieu d’un rêve,
Elle le regarda. Lucien la salua,
Et de l’air d’un Don Juan à grands pas s’éloigna.
Plus tard, si vous eussiez suivi la sombre allée
Vers la pointe du bourg, au fond de la vallée,
Vous eussiez vu sans doute une ancienne maison
Noirâtre sous le lierre et de chênes voilée;
Une croix de Saint-Jean orne son vieux blason;
Elle est haute et bardée en style de prison.
On la dirait déserte. Une seule croisée
Derrière s’ouvre un peu, petite, treillissée,
Des vases sur le bord, penchant sur un bassin.
On entendait alors le son d’un clavecin.
Nicette alla livrer sa tête rose et chaude
Au vent de la croisée; et, le front dans les doigts,
Elle regarda fuir les horizons étroits.
Un ver-luisant dardait sa flamme d’émeraude;
Un vent plaintif courait dans un air vaporeux,
Un linot réveillé chantait, fermant les yeux;
Les feuilles bruissaient, les ronces endormies
S’agitaient comme au pas des gazelles amies.
Sous ces parfums d’amour sa tête s’inclina—
Quand sept fois lentement la pendule sonna…
Elle eut peur et trembla. La fenêtre fermée,
Elle prit sa mantille et se mit à genoux.
Dans un brun cadre d’or la Vierge bien aimée
Épanchait sur son front son regard le plus doux.
—Vierge, faut-il aller ce soir au rendez-vous?

VI.

Sous les sombres tilleuls j’ai vu passer Nicette.
Elle marchait sans bruit et semblait inquiète.
On eût dit que ses pas l’effrayaient, et souvent
Elle se détournait pour écouter le vent.
C’était près de l’étang où se mire, étonnée,
La lune dans les joncs de vapeurs couronnée,
Et qui semble flotter,—fantastique tableau,—
Allongée et plissée à chaque rond de l’eau.
L’heure du rendez-vous était pourtant venue.
Nicette ressentait une crainte inconnue,
Et disait fréquemment, cherchant à contenir
Le trouble de son cœur:—Comme il tarde à venir!
Puis elle s’asseyait au bord d’un banc de pierre;
Et, sa main s’en prenant à des touffes de lierre,
Elle les effeuillait, et d’un pied agité
Les enterrait au fond du gazon argenté.
Lucien n’arrivait pas.—O mon Dieu! disait-elle,
D’où vient que mon front brûle et que ma foi chancelle?
Patience! Sans doute il n’est pas assez tard.
Il ignore le mal que me fait son retard.
Elle essayait alors de chasser sa tristesse.
La nuit versait partout une limpide ivresse;
Et les plantes ouvraient, à son tiède baiser,
Leur sein d’or où la mouche aime à se reposer.
—C’est étrange pourtant, pensait la jeune fille,
Dont un tressaillement soulevait la mantille;
La campagne est ce soir si douce à l’entretien,
Cette nuit est si belle et rayonne si bien!
C’est qu’il ne m’aime plus; et je suis effacée
De son cœur, à présent, comme de sa pensée.
Notre amour a duré notre enfance, c’est tout.
Le ciel n’a pas voulu m’entendre jusqu’au bout.
Et Nicette penchait, entre ses mains voilée,
Sa jeune tête pâle et toute débouclée.
La brise s’en jouait, et courait par moment
Sous les sombres tilleuls harmonieusement.
Déjà, bande joyeuse! au bas de la vallée
Les vendangeurs dansaient sous la treille étoilée,
Mais, traversant les prés, la danse et la chanson
Expiraient auprès d’elle ainsi qu’un faible son.
Pourtant, la pauvre enfant, elle espérait sans cesse.
Comme des diamants tombés dans l’herbe épaisse,
Ses pleurs longtemps tenus se répandaient tout bas,
Elle attendait toujours.—Lucien ne venait pas.
C’est qu’à l’heure où, cédant à sa pensée indigne,
Il accourait vers elle, en traversant la vigne,
Un remords généreux, au détour du chemin,
Comme un ange du ciel l’avait pris par la main.
Tout à coup, du milieu de son insouciance,
S’éleva contre lui sa jeune conscience;
Et, dans la nuit sereine, il se sentit broncher
Lorsqu’il se demanda ce qu’il allait chercher.
Alors il reporta ses regards en arrière;
Sa jeunesse à son cœur remonta tout entière;
Et, retrouvant soudain son amour d’autrefois,
Il s’enfuit en cachant sa tête entre ses doigts.

VII.

Un petit cabinet—nu,—blanc;—une croisée
Ouverte,—un lourd rideau tout trempé de rosée;
Devant un noir pupitre—un jeune homme,—c’est tout.
Au dehors la campagne, et le calme partout.
Il travaille. Un rayon égaré s’éparpille
Dans un coin du plancher dont la poudre scintille;
Une brise suave agite l’air tiédi
Qu’emplit de son bourdon un frelon étourdi.
L’angélus argentin tinte au fond du village,
Dans un arbre,—à côté,—les oiseaux font tapage.
Il écrit. Son front clair est à demi-penché,
Comme fait un poëte à son livre attaché.
C’est Lucien; il écrit une lettre à Nicette,
Une lettre d’excuse et d’amour, ainsi faite:
«—Il faut me pardonner, Nicette. Vois-tu bien,
Au rendez-vous d’hier comme j’allais me rendre,
Une voix, qui priait, à moi s’est fait entendre.
Sais-tu? c’était la voix de ton ange gardien.
Je n’ai pu résister. C’est parce que je t’aime
Que je suis, ce soir-là, revenu sur mes pas;
Cela te semble étrange et peu croyable même,
Nicette; mais un jour tu me pardonneras.
»Ce n’est pas tout non plus. Ton front égal encore,
Qu’ont rarement terni de soucieux instants,
S’éclaire aux blancs rayons d’une durable aurore:
Dans ta jeune pensée il est toujours printemps.
Néanmoins, tu n’es plus une enfant, ma Nicette:
La beauté de la femme en tes traits se reflète,
Et celui qui te voit, beau lys épanoui,
S’arrête, et bien longtemps te regarde, ébloui.
Or, moi, je suis jaloux de cette candeur sainte,
Je veux la préserver de toute sombre atteinte,
Écarter d’alentour tout soupçon alarmant,
Car c’est mon bien, d’ailleurs, et je veux constamment
Garder cette beauté sereine et fortunée
Que te donna le ciel et que tu m’as donnée…»
Lucien s’interrompit. Le vent frais du matin
Soulevait le rideau qui voilait sa fenêtre.
Les exploits des chasseurs s’entendaient au lointain;
Cramponné par dehors, et regardant en traître,
Se penchait dans la chambre un liseron mutin.
Il reprit:—«Maintenant, il faut plus de réserve
Dans nos mystérieux et tendres rendez-vous.
—Cela me coûtera—pour que Dieu nous conserve
Son indulgent regard qui fait les jours plus doux.
Nicette, il ne faut plus, dans les vastes prairies,
Comme nous faisions, nous égarer le soir.
L’heure est trop dangereuse aux vagues rêveries;
Il ne faut plus aller sur le banc nous asseoir.
Te souvient-il du jour où, sous l’épais ombrage,
Nous marchions, pensifs, en chemin attardés?
Nous voyant seuls tous deux, un homme du village
Nous a—se détournant—plusieurs fois regardés.
Cela te fit monter la rougeur au visage.
Il ne faut plus rougir, Nicette; et pour cela
Il faut être ma femme; or, mon bonheur est là.
»J’ai voulu te parler de la sorte, Nicette;
J’ai fini. Mon souci, je l’ai dit tout entier;
Et j’ai laissé tomber mon cœur sur ce papier.
J’ai l’âme maintenant légère et satisfaite,
C’est le ciel qui m’a fait cette douce leçon.
A mes yeux, désormais, la nature est plus belle;
J’entends passer dans l’air comme un battement d’aile,
Et l’amour chante en moi sa plus jeune chanson!»

VIII.

Dans tous les environs la vendange était faite.
Du bourg de Valeyrac, ce soir, c’était la fête;
Les vendangeurs partaient, on fêtait leur départ,
Adieu paniers:—dansons et chantons sans retard!
On arrivait déjà d’une lieue à la ronde.
Les hommes avaient mis leur belle veste ronde,
Les femmes avaient mis leur plus rouge jupon;
Et, gravement pimpants et la mine essoufflée,
Ils couraient, car déjà derrière la vallée
On entendait le bruit rauque d’un violon.
Je ne vous dirai pas,—à la façon flamande,—
L’enseigne de l’auberge et la folle guirlande
Que l’on avait ce soir appendue au brandon;
Je ne vous dirai pas les rondes, les quadrilles,
Les buveurs accoudés et les joueurs de quilles:
Je ne vous ferai pas le tour du rigaudon.
Ah! parlez-moi plutôt des temps mythologiques
Où le ciel se peuplait de héros et de dieux,
Où le monde passait dans des splendeurs magiques,
Où l’Olympe entr’ouvrait son cycle radieux!—
C’était sur quelque mont solitaire et sauvage,
A l’heure où le soleil déserte le rivage;
On voyait accourir, partis dès le matin,
Les bergers empressés de maint vallon lointain.
Sous l’odorant fardeau des roses d’Idalie
La façade du temple était ensevelie;
Un satyre cornu sculpté sur le fronton,
Aux lèvres un hautbois, riait sous le feston;
Et les nymphes, autour du satyre pressées,
Ployaient sous les raisins leurs têtes renversées.
Est-ce une vision, poëte, où sommes-nous?
Ardente, l’œil pourpré, la bacchanale antique
Se dresse devant moi sous le sacré portique.
Voici le sanctuaire et le peuple à genoux!
Evohé! Evohé! quel feu divin m’embrase!
Je sens bouillir mon front sous l’éclair qui le rase,
Dans le fond de mon cœur je sens gronder ma voix:
Le voile de mes yeux se déchire et je vois!
En marche! promenez devant nous les corbeilles,
Que le son des tambours disperse les abeilles,
Et que l’oiseau qui vient picorer le pépin
S’enfuie au vent bruyant de nos branches de pin!
Mêlons à nos cheveux de douces violettes;
Musiciens, prenez votre casque d’aigrettes,
Et d’une voix unie au mode lydien
Dites-nous les exploits de Bacchus l’Indien!
Allez, versez le miel de la muse lyrique;
Ceignons nos ceinturons et dansons la pyrrhique.
Venez, les Égipans, les Faunes des jardins,
Les Satyres barbus avec vos peaux de daims;
Venez, les chèvres-pieds; accourez, les Bacchides;
Ajustez vos bandeaux, rattachez vos chlamydes;—
Et dansons! ébranlons sous nos pieds la forêt!
Comme déjà le sol tournoie et disparaît!
L’arbre semble alourdi comme un autre Silène;
Brandissons nos roseaux, dansons à perdre haleine;
De notre cercle immense ardent à fendre l’air
Embrassons la forêt dans nos anneaux de chair!
Tout fuit autour de nous, mon front vibre et ruisselle,
Dansons!—Hécate luit sur les pâles marais,
Le vent du soir se lève impétueux et frais;
Je vois, je vois là-bas le temple qui chancelle.
Dansons!—Et vous Cinthie, Euphrosine, Aglaé,
Versez-nous à pleins flots vos brûlantes rasades,
Notre patère est vide; encore, mes thyades!
Et buvons et dansons!—Evohé! Evohé!…

IX.

Je sais une maison, du côté de Lesparre,
Qu’un fossé seulement de la route sépare.
—On y voit un perron et deux lions devant.—
Seul, à la regarder je m’arrêtais souvent;
Elle a ces volets verts que désirait Jean-Jacques
Et fleurit d’aubépin son grand portail, à Pâques.
Cet enclot printanier, propice aux heureux jours,
Enferme deux époux que vous savez,—Madame,
Ils n’ont plus que la joie et le calme dans l’âme,
Et le ciel a béni leurs charmantes amours.
Tout dans le fond du parc et parmi la grande herbe
Je les ai vus passer, l’un sur l’autre appuyés,
A travers la bruyère et les bleuets ployés,
Elle, les yeux baissés, lui, le regard superbe.
—Un tout petit enfant se jouait à leurs pieds.—
Quand nous voyagerons, l’été prochain peut-être,
Nous passerons par là, car il faut les connaître.
Lucien est un chasseur habile dans son art,
Et puis un agronome. Il a mainte visite
Pour ses beaux dahlias en serre, que l’on cite,
Nul doute qu’on n’en fasse un préfet—mais plus tard.
Nicette a dix-neuf ans, elle est jolie et belle;
J’ai dansé cet hiver une valse avec elle.
Un procureur du roi se montrait assidu
Sur ses pas;—vous pensez si c’était temps perdu!
Mais me voici, je crois, au bout de mon histoire.
Madame, vous avez fait acte méritoire
En l’écoutant ainsi, les pieds sur les chenets,
Comme s’il s’agissait de deux ou trois sonnets
Aussi, puisqu’à présent vous n’attendez personne,
Restons encore une heure, et souffrez que je sonne,
Afin que vos laquais, en rallumant le feu,
Apportent vos albums sur la table de jeu
Et puis nous causerons—près de la cheminée
Qui bourdonne en lançant sa flamme mutinée—
De tout ce qui n’est pas sérieux ou profond,
De l’amour toujours jeune et des vers qui s’en vont.

A THEOPHILE GAUTIER

Nous étions cinq ou six poëtes
Dans le divan Le Peletier,
Lorsque—trop rares sont ces fêtes!—
L’autre soir, tu parus, Gautier.
Je ne sais quelle humeur quinteuse
M’avait faite un vin bourguignon,
Et mis sur ma langue pâteuse
L’accent d’un critique grognon.
Comme un chat ferait d’un rosaire,
Ressuscitant de vieux lazzis,
J’égrenais ton vocabulaire
De diamants et de rubis.
Tout emmailloté de morale,
Je blâmais tes tons enivrés,
Et de ta forme sculpturale
Les angles aux reflets dorés.
Au grand style, à tout ce que j’aime,
Dès le début ayant failli,
Je parlai longuement sur ce thème
Comme Alexandre Dufaï[2].

[2] Critique du temps, sans valeur.

C’était surtout à ton école
Que j’en voulais; à ces enfants
Qui, dans un pan de ton étole
Se font des manteaux si bouffants;
A ce groupe de flatteurs blêmes
Que l’on voit courbés et furtifs,
Dans tes livres, dans tes poëmes,
Ramasser tes bouts d’adjectifs;
A ces enragés coloristes
Devant lesquels Diaz pâlit,
Si brillants et pourtant si tristes,
Orientaux de chianlit!
Adeptes d’un art inutile,
Race d’employés au Trésor,
Dans le Sacramento du style
Recherchant des pépites d’or.
Ce qu’il fait derrière toi, maître,
Ce troupeau si peu clairvoyant,
Il ne s’en doute pas peut-être:
C’est du Delille flamboyant!
Et bien! oui, j’étais en colère,
J’allais, voix en quête d’échos,
Comme le prince atrabilaire
Criant: «Des mots! des mots! des mots!»
J’étais cruel. De leur folie
Tu n’es pas responsable, toi,
Noble vin, dont ils sont la lie,
Musique, dont ils sont l’aboi.
J’étais injuste. Mais quand même
J’aurais eu froidement raison,
Quant à mon imprudent blasphème
J’eusse conquis l’opinion;
J’omettais dans mon injustice
L’enfer auquel on t’a lié,
Cet intolérable supplice
Par Monsieur de Sade oublié:
Le feuilleton!—Triste machine,
Qui fait du matin jusqu’au soir
Fonctionner, comme l’usine,
L’intelligence au désespoir!
Voilà bientôt dix-sept années,
Laps immense! tourment sans fin!
Que les muses infortunées
Maudissent en chœur Girardin;
Lui qui, dans son avide joie,
T’a cloué, Prométhée hardi,
Et qui donne à manger ton foie
Au feuilleton, chaque lundi!
Quand, loin de notre humaine sphère,
La rime voudrait t’emmener,
C’est ton article qu’il faut faire,
Tout Plaute a sa meule à tourner.
Apprête donc ta plume agile
Pour le journal du lendemain:
L’inspiration dit Virgile,
Le feuilleton dit Laurencin.
Ah! grand et malheureux poëte
Par la prose toujours rongé,
Ce délire que je regrette,
Tu devais en être vengé:
A mon tour,—que Dieu me pardonne!—
Aujourd’hui je change de ton,
Car ces stances, je les griffonne
Sur la marge d’un feuilleton.

BONNE HUMEUR

SONNET IRRÉGULIER

Voici le temps des bals; Estelle, qu’en dis-tu?
Mettons-nous vite à nos toilettes;
Moi, je veux être un clown harnaché de sonnettes
Et coiffé d’un bonnet pointu
Toi, tu seras marquise, avec des violettes
Au creux de ton sein court vêtu;
Et de ta bouche en cœur, et de ton œil battu
Naîtront sourires et paillettes.
Puis, tu prendras ton loup acheté chez Babin
Avec sa barbe de satin,
Barbe aux plis miroitants qui s’envole en cadence,
Petit voile rose au menton,
D’où nous est venu ce dicton:
«Du côté de la barbe est la toute-puissance.»

MADAME CLORINDE

La semaine dernière, à travers mon binocle,
Étant à l’Opéra,
—Mignonne statuette enlevée à son socle—
Je vis passer un rat.
Mais un rat, sur ma foi, de structure divine,
Un rat fluet, coquin;
Bouche-fleur, perles-dents, avec des pieds de Chine,
Et l’œil américain.
Des quinquets de la rampe où je voyais reluire
Les coins d’or de ses bas,
Elle jetait à tous un agaçant sourire
Entre deux entrechats.
Ses bras nus paraissaient appeler des caresses,
Arrondis ou tombants,
Tandis que sur son dos battaient deux folles tresses
Et deux nœuds de rubans.
Pas vingt ans!—Et déjà, ses ennuis, ses caprices,
Qui pourrait les compter?
Et combien t’ont donné, petit rat de coulisses,
Leur cœur à grignotter!

LE MUSICIEN

POËME
DÉDIÉ A M. JULES DE GÈRES

I.

Dans une rue extrêmement tranquille,
Au bord de l’eau, près de Saint-Louis-en-l’IIe,—
Est au cinquième, un pauvre appartement,
Par le soleil visité rarement.
Rien c’est moins gai que ce froid domicile:
Le plancher ploie, et le plafond jauni
A des soupirs de vieillesse et d’ennui.
Là, chaque meuble est d’une étrange mode,
D’un siècle éteint pâle et soigneux reflet:
Boule a fourni l’armoire et la commode,
Le Directoire a sculpté le buffet.
Sur le foyer, un miroir de Venise
S’incline encore, à demi-détamé,
Devant l’œil bleu d’une ombre de marquise
Qui lui sourit dans son cadre enfumé.
Vers la croisée, au fond d’une bergère,
—Matin et soir,—à l’ombre du rideau,
Est un vieillard qui, d’une main légère,
A son archet fait chanter un rondeau.
Il est petit, de mine guillerette;
Son œil tremblotte,—et sa jambe maigrette
Bat la mesure avec précision.
Toute son âme est dans son violon.
Un vieil habit, fait d’une étoffe bleue,
Grimpe au sommet de son chef dépouillé;
Sur le collet trotte une mince queue
Dans un ruban, lézard entortillé.
Quatre-vingts ans ont rendu respectable
Aux yeux de tous ce pauvre et frêle corps,
D’où la pensée à jamais regrettable
Fuit chaque jour en plus faibles accords.
Un peu plus loin est assise sa fille,
—Vieille déjà,—qui travaille à l’aiguille.
Monsieur Médard est de l’ancien parti
Contre Mozart, Gluck e tutti quanti;
L’art actuel n’a plus rien qui l’inspire,
Et quand Paris court à Donizetti,
Son violon se plaît seul à redire
Les airs charmants d’Azor et de Zémire.
Il a gardé son culte tout entier
Aux souvenirs du beau siècle dernier
Et le plaisir dans ses rides se joue
Quand, chevrottant un morceau du Devin,
Il se souvient qu’à cet endroit divin
Le grand Rousseau l’a tapé sur la joue.
Dans ce temps-là, monsieur Médard était
Jeune et fringant, il courait les ruelles.
De l’Opéra, que sans cesse il hantait,
Mieux que personne il savait les nouvelles.
S’il voulait bien, que ne dirait-il pas?
Combien de fois, pour mainte peccadille,
Il a risqué ses jours à la Bastille!
Il disputa, raconte-t-il tout bas,
Un mois entier le cœur d’une danseuse
A certain duc de maison vaniteuse;
Et c’étaient là de ses moindres ébats.
Ce n’était rien pourtant qu’un pauvre diable,
Léger vêtu, qui courait le cachet;
Mais il avait un esprit agréable,
Vingt ans à peine, une mine sortable,
L’œil bien fendu, puis un bon coup d’archet.
Plus tard, d’ailleurs, il le fit reconnaître:
Son coup d’essai valut un coup de maître.
Il débuta, je crois, dans le Buron,
—Pièce en couplets, fort médiocre en somme,—
Par un duo pour flûte et violon,
Qui lui valut, grâce à Monsieur Anseaume,
D’être placé dans les premiers dessus,
Près du souffleur, au pied de mille écus.
Ce fut alors qu’il épousa sa femme.
Son souvenir lui déchire encor l’âme.
Lui, dont le cœur avait souvent battu,
N’avait jamais osé rêver de vierge
Plus rayonnante en sa jeune vertu.
Elle tenait une petite auberge.
—Avez-vous vu qu’au seuil d’un cabaret
Jamais minois fripon et vin clairet
Dans aucun temps, dans aucune patrie,
Aient laissé froid un fils de Polymnie?
Notre Médard était trop de son temps
Pour dédaigner alors un tel usage:
Chaque bouchon recevait son hommage,
Mais celui-ci rendit ses goûts constants.
On l’y voyait du soir jusqu’à l’aurore
Venir gaîment s’accouder, verre en main,
Pour revenir le lendemain encore,
Plus altéré d’amour et de bon vin.
Il l’épousa.—Quarante-cinq années
D’un doux bonheur, qui leur furent données,
Rouvrent toujours dans le cœur du vieillard
L’amer regret de l’éternel départ.
Ils habitaient tous deux cette chambrette,
Quand de Feydeau l’insolent directeur
Lui fit savoir, comme grande faveur,
Qu’on l’admettait à prendre sa retraite.
Il en tomba malade. Son orgueil,
Contre un tel coup, se trouva sans défense
Mais il jura de venger cette offense,
Dût Apollon couvrir son front de deuil.
Il fut longtemps pensif, acariâtre;
Puis, un matin, pour punir son pays,
Il s’engagea dans un petit théâtre
De pantomime, au faubourg Saint-Denis.
Mais l’énergie en lui s’était usée:
De son talent aucun ne s’aperçut;
Et quand sa femme en ce temps-là mourut,
Il s’en revint, l’âme à demi-brisée,
Finir sa vie où son cœur la connut.
C’est dans ces lieux,—où veille son histoire
En riens charmants inscrits en mille endroits,—
Qu’il a vécu, recueillant sa mémoire,
Entre ces murs aujourd’hui gris et froids,
Tristes de tout le bonheur d’autrefois.
Sa fille coud; lui, fredonne à voix basse,
Ou, quelquefois, abandonnant sa place,
Il va chercher, de l’air le plus discret,
Un vieux cahier dans un tiroir secret.
Il en essuie avec soin la poussière;
Avec respect son œil le considère,
Car c’est son œuvre à lui, son opéra!
Dans tous les temps il en a fait mystère;
Après sa mort seulement on l’aura.
C’est là dedans qu’il a mis son génie,
Qu’il a versé sa joie et son regret;
Il l’a refait quatre fois. Le sujet
En est tiré de la mythologie.
—Aussi, faut-il le voir en cet instant,
La main tremblante et le cœur palpitant,
Comme il le tient! afin qu’on ne l’emporte,
Pour un voleur lui-même on le prendrait.
D’un pied furtif il va fermer la porte;
Et, revenant près de son chevalet,
Sur son archet il pose la sourdine,
De peur—qui sait?—qu’une oreille voisine,
En entendant ces chants venus des cieux,
Ne lui ravisse un bien si précieux!
Ah, ces jours-là, ce sont ses jours de fête!
Monsieur Médard alors n’a plus sa tête:
Et qu’en passant monte, l’après-midi,
Un de ces vieux, d’humeur encor follette,
Par le soleil de printemps dégourdi,
En route, allons,—et vive la goguette!
Tous deux s’en vont, l’un sur l’autre appuyés,
Guiguant de l’œil la blonde et la brunette,
Cahin caha, souriant et ployés,
S’entretenant de choses d’amourette.
A la barrière, aux Amis du Printemps,
Quand vient le soir, attablés sous la treille,
Chacun demande à la dive bouteille
Une heure encor des rêves de vingt ans.
On cause, on jase, on dit ses escapades;
On se demande avec étonnement
Où sont allés les anciens camarades—
Et l’on se tait mélancoliquement.
Puis vient la nuit tendre ses sombres voiles,
Avec le vent qui souffle aux alentours
Il faut partir, on sent ses pas moins lourds,
Et l’on revient aux premières étoiles,
En chantonnant tout le long des faubourgs
Quelque refrain égrillard des vieux jours.
Mais en voyant de loin poindre son gite,
Monsieur Médard sent la peur qui l’agite.
Il se souvient que sa fille l’attend,
Et que sans doute au logis, en rentrant,
Il va trouver un œil froid et sévère,
Comme jadis était l’œil de sa mère.
En y songeant, son pas devient plus lent,
Près d’arriver, il regarde, il hésite…
Timidement il monte les degrés.
Pauvre vieillard! ses pas mal assurés
Certainement vont le trahir bien vite!
—Bonsoir, ma fille…,—et, se sentant broncher,
En l’embrassant, monsieur Médard évite
De rencontrer ce regard qui s’irrite.
Et, tout honteux, il s’en va se coucher.

II.

Sa fille est tout le portrait de sa mère,
Sauf qu’en naissant la grêle la marqua.
Le ciel lui fit une existence amère
Et la tristesse à son cœur s’attaqua.
Elle n’a point connu dans son jeune âge
Les doux instants de rêve et de loisir;
Jamais l’amour à son pâle visage
N’a fait monter la flamme du désir;
Jamais le soir, une heure à sa croisée,
Ne la surprit, la tête dans la main,
A regarder, pensive sans pensée,
Monter la lune au firmament serein,
Comme une fleur qu’un coup de vent déchire
Dès son aurore, au bord du rameau vert,
Elle a perdu tout charme et tout sourire,
Son cœur n’est plus qu’un calice désert.
Dieu la conquit à lui dès son enfance
Et lui ferma tout terrestre bonheur;
En l’autre vie est sa seule espérance
Et dans l’attente elle apaise son cœur.
Un voile noir couvre son front austère:
Avec orgueil portant le célibat,
Elle promène, aussi sage que fière,
Ses quarante ans de vertu sans combat.
Patiemment dans cette solitude
Ses jours pieux s’écoulent. Après Dieu,
Son pauvre père est la seule habitude
Qui la fait vivre et la distrait un peu.
Ainsi s’en vont—ô l’énigme profonde!—
Toutes les deux, ces âmes au déclin:
L’une si pleine avec l’amour du monde,
L’autre si vide avec l’amour divin!
C’était au mois d’octobre ou de novembre.
Monsieur Médard avait quitté sa chambre,
Et, lentement, sur la fin d’un beau jour,
Ils respiraient le frais au Luxembourg.
Le bon vieillard, qui la croit jeune et belle,
Car à présent sa mémoire chancelle,
Tout en marchant, vint à lui conseiller,
Se faisant vieux, lui, de se marier;
—Car, disait-il, si la parque cruelle
De mes instants tranchait soudain le fil,
Ma pauvre enfant, où ton pas irait-il?—
Puis il se tut. La nuit était muette.
Par intervalle on surprenait le vent
Qui se plaignait comme une âme inquiète.
La pauvre fille avait baissé la tête
Et murmuré ces deux mots:—Au couvent.
En ce moment, amoureuses rafales,
On entendit chanter quelques passants;
C’étaient des traits, des cadences finales.
Monsieur Médard sentit à leurs accents
Se réveiller ses haines musicales.
Il tressaillit,—et comprimant le bras
De sa compagne, il redoubla le pas.
Du Luxembourg au plus vite ils sortirent,
Et dans la nuit leurs ombres se perdirent…

CONTRADICTION

Quand c’est tout de bon que j’aime,
Adieu chanson et poëme!
Dans mon esprit à l’envers
Je ne trouve plus un vers.
Il me souvient que Constance
Me demanda quelque stance
Sur son amour et le mien.
Bah! cela ne valut rien.
Et vraiment je m’en étonne,
Car elle était simple et bonne,
Et, pendant un an ou deux,
Nous vécûmes fort heureux.
D’où vient donc que cette femme
N’a su toucher que mon âme,
Et que j’ai si mal rimé
Ce que j’ai le mieux aimé?

SEULE

SONNET

Elle est morte bien jeune, elle est morte bien belle,
Par un matin d’avril frileux et souriant,
Douce, et rêvant de Dieu, sans laisser derrière elle
Les larmes d’une mère ou l’effroi d’un enfant.
Nul ne la connaissait, car, du bout de son aile,
Son bon ange gardien la voilait. Et pourtant
Son cœur, son pauvre cœur, jusqu’à la mort fidèle,
S’était pris sans espoir d’un amour éclatant.
Mais tous l’ont ignoré; le temps de sa jeunesse,
Monotone et caché, s’est enfui sans ivresse.
Elle a vécu sans faste, elle est morte sans bruit;
Aucun n’a recueilli les trésors de cette âme.
Ainsi passent—parfums perdus! stérile flamme!—
L’étoile dans le jour et la fleur dans la nuit.

MADAME CLORINDE

Puisque, avant le dessert, la fatigue t’a prise,
Belle et chétive enfant, qui n’est pas même grise,
Et, qu’à peine au début de nos propos joyeux,
Les éclairs des flacons ont vaincu tes grands yeux,
Puisque ton bras lassé s’est posé sur la nappe,
Que le bâillement, seul, de tes lèvres s’échappe,
Que ton cou s’alanguit et que ton front s’endort;
Sur ce sopha défait, aux coussins à glands d’or,
—Quoique pour une nuit entière on t’ait payée—
Va dormir un instant, dans tes cheveux noyée.

UNE DATE

I.

Au gai roman de ma jeunesse
J’ai fait une corne ce soir.
Je te ferme, le temps est noir,
Petit livre si plein d’ivresse.
Adieu chansons, tout est fini,
Faisons place à la politique.
Cette seconde République
Pour ses rêveurs n’a pas un nid.
Nos récits étaient des sornettes.
L’heure est venue où les poëtes
Ne seront pas plus regardés
Que bretteurs ou pipeurs de dés.
Le monde, saturé de fables,
Délaisse petit à petit
Les pages où ces pauvres diables
Mettaient leur cœur et leur esprit.
Maigres comme des télégraphes,
Sous les balcons errants et las,
On vide sur eux des—carafes.—
Comme aux amoureux, dans Gil Blas
Où chercher maintenant fortune?
L’Icarie est bien loin de nous;
Et puis, d’ailleurs, s’il en est une,
Elle est pour les planteurs de choux.
Que le ciel ne m’a-t-il fait naître
Comme ce bourgeois gras et blond,
Si bien mis, et si content d’être,
Qu’il n’en demande pas plus long?
Qu’ai-je fait à la Providence
Pour n’être pas tout simplement
Homme de peine et de silence,
Pêcheur breton, meunier normand?
Officier de cavalerie
Jouant au billard chaque soir
Et faisant une cour fleurie
Aux demoiselles de comptoir?
Surnuméraire à la marine,
Ayant de l’ordre et du crédit,
Avec des manches en lustrine
Pour ne point gâter mon habit?
Ou boutiquier dans ma boutique,
Marié, bête, matinal,
Attendant venir la pratique
En lisant le National?

II.

Si quelque ambition grotesque
Allait cependant me venir!
Eligible, je le suis presque;
Qui me dira mon avenir?
D’une Constituante en peine
Irai-je un jour grossir les rangs?
Serinette républicaine,
Harmonica de vingt-cinq francs!
Serai-je,—que le ciel m’en garde!—
Rêveur hissé sur un pavois,
Moitié tribun et moitié barde,
Bras inerte, éloquente voix?
Publiciste, ayant pour amantes
Les Némésis aux bras flétris
De mes colères écumantes
Inondant le premier Paris?
Ou pamphlétaire de ruelles,
Comme Timon l’Athénien,
Timon, démocrate en dentelles,
Vicomte en bonnet phrygien?
Irai-je, gonflé de misère,
La nuit, devant un suif tremblant,
Pâle Archiloque de gouttière,
Rimer des odes au pain blanc?

III.

O contrastes impitoyables!
Jamais on ne vit ciel plus bleu,
Air plus doux, nuits plus admirables,
Qu’en ces temps de sang et de feu.
Au milieu des guerres civiles,
Au plus fort des combats de juin,
Quand on fusillait des mobiles
Aux barreaux des marchands de vin;
Quand on jetait par les fenêtres
Des bouteilles de vitriol,—
Toujours résonnaient dans les hêtres
Les poëmes du rossignol;
Chaque soir, la lune coquette
Se mirait dans le lac plissé,
Comme ferait une grisette
Dans un coin de miroir cassé;
Car c’est le temps des jeunes brises,
Le temps où tout chante, où tout plaît,
Où Rousseau jetait des cerises
A mademoiselle Galley;
Où plus d’un de nous s’achemine,
La cravate un peu de côté,
Seul, vers la rivière voisine,
Pour prendre un bain d’éternité.

IV.

Vivre, eh Dieu! la pauvre merveille!
Morne chanson, morne refrain!
Ce que nous avons fait la veille,
Nous le ferons le lendemain:
Nous arpenterons sans mystère
Toujours les mêmes boulevards,
Et la même Cité Bergère,
Avec le même pont des Arts.
Combattant la même paresse,
Le matin nous retrouvera;
Et, le soir, la même maîtresse
Sur sa gorge nous vieillira.
Nos cœurs, tristes petites bêtes,
Ne battront qu’une ou deux fois l’an;
Et, dans quinze ans, nos pauvres têtes…
Mais où sont les neiges d’antan?
Car, grâce au public insensible,
Pour nous, vainement révoltés,
La lutte se fait impossible
Avec les faiseurs effrontés.
Et lorsque ainsi l’on nous dispute
La renommée avec le pain,
On s’étonne que dans la lutte
Notre accent devienne hautain.
Que pour tant de stupides œuvres
Nous n’ayons égard ni bon ton,
Et que pour la chasse aux couleuvres
Il nous suffise d’un bâton.
Ah! race de marchands du Temple,
Mais du Temple infect de Paris,
Qu’un de vous sans rougir contemple
Notre légion d’appauvris:
Nos poëmes qui trop tard règnent
Veulent un rude enfantement,
Car nos flancs sont des flancs qui saignent.
Toute ode suppose un tourment.
Eh bien! donc, tombons sans murmure,
Tombons comme des orgueilleux!
La conscience, c’est l’armure
Des poëtes, ces derniers preux!

MUEZZIN.

I.

Ce matin, penché, seul à ma fenêtre,
L’ombre autour de moi pleine de rumeurs
Triste, j’attendais le jour à paraître,
L’œil vers l’orient aux rouges lueurs.
La nuit s’enfuyait, honteuse et surprise,
Le ciel éteignait les pâles regards;
Et, des noirs buissons qu’agitait la brise,
Pensif, j’écoutais les souffles épars.
Mais quand je sentis, ployé sous l’extase,
De lumière et d’or mon front inondé,
Tandis que, partout, comme l’eau d’un vase,
Le jour ruisselait du ciel débordé;
Quand les peupliers et quand la prairie,
Avec le ruisseau, chantèrent en chœur,
Quand je vis briller les fils-de-Marie,
Je sentis la paix monter à mon cœur.
Mille oiseaux jasaient, je me sentais vivre,
D’un chaste bonheur mon cœur se berçait;
Et c’était pour moi, qui d’un rien m’enivre,
Comme un frais bonjour que Dieu m’adressait.

II.

Et voyant ainsi le ciel me sourire,
Pour que votre esprit ne fût pas jaloux,
A mon tour aussi j’ai voulu vous dire
Que le ciel s’était levé bleu sur vous.
Car peut-être alors, belle paresseuse,
Les volets fermés à l’éclat des cieux,
Vous pensiez—souvent l’aurore est berceuse—
A tout ce qui fait le front soucieux.
Vous pensiez aux jours de courte durée
Qui laissent en nous si longs souvenirs,
A l’espoir qui passe en robe dorée,
Haillons rattachés avec des saphirs!
Vous pensiez sans doute à tout ce qu’emporte
L’ombre qui décroît, voile replié,
Au rayon qui vient quand la fleur est morte,
Au malheur qui fuit sans être oublié.
Vous pensiez, tendant l’oreille aux mensonges
Qu’à votre chevet souffle le sommeil,
Qu’il valait bien mieux poursuivre des songes
Que de tant hâter l’heure du réveil;
Que peut-être, hélas! le jour qui va luire
Sera triste et noir, et plein de courroux,
Et voilà pourquoi j’ai voulu vous dire
Que le ciel s’était levé bleu sur vous.

AUTRE BONJOUR

Comment vous portez-vous, adorable Éliante?
Sur la pointe du pied j’entre en votre boudoir;
C’est l’heure du lever, midi, l’heure élégante;
Phébus cligne aux volets et demande à vous voir.
Au bord de l’oreiller où votre tête glisse,
Gageons que la rosée aura sur votre teint,
En passant, secoué son bouquet de narcisse
Encore tout trempé des perles du matin.
Ne vous étonnez pas si, dans votre ruelle,
Comme faisaient jadis les abbés-papillons,
Je viens, gazette en main, vous dire la nouvelle,
Et sur votre guitare accorder mes flonflons.
Sur ce tabouret-là souffrez que je m’asseoie;
Je détournerai l’œil autant que vous voudrez,
Et vous ferai passer votre mule de soie
Entre les deux rideaux, quand vous vous chausserez.

MADAME CLORINDE

L’autre nuit, comme ils étaient onze
Qui soupaient à la Maison-d’Or,
Sous une table aux pieds de bronze
Deux d’entre eux parlaient d’elle encor:
—Elle est morte, c’est grand dommage,
La perle du quartier Bréda!
Mieux eût valu pour ce voyage
S’en aller Rosine ou Clara.
C’était une petite blonde,
Née à seize ans et morte à vingt;
Enfant qui trop tôt vint au monde,
Enfant qui trop tôt s’en revint.
Un des princes de la finance
L’avait tirée on ne sait d’où.
Chez elle éclatait l’élégance:
Il l’entourait d’un luxe fou.
Dans les plis d’un peignoir cachée,
Ses genoux sous elle tapis,
Rêveuse, elle vivait couchée
Sur les fleurs de son grand tapis.
Nulle n’était plus provoquante
Dans nos nuits de pompeux gala;
A la fois marquise et bacchante:
C’était Clorinde!—Pleurons-la.
Adieu, notre jeune compagne;
Tu t’en vas au milieu du jour,
L’estomac ruiné de champagne
Et le cœur abîmé d’amour.
Un menuisier, une portière,
Deux personnes uniquement,
La suivirent au cimetière:
Sa mère et son premier amant.

FIN.

TABLE DES MATIÈRES.

Ode à l’ivresse. 7
En médoc: poëme. I. 17
 II. 21
 III. 27
 IV. 31
 V. 35
 VI. 39
 VII. 43
 VIII. 47
 IX. 51
A Théophile Gautier. 57
Bonne humeur. 65
Madame Clorinde. 69
Le musicien: poëme. I. 73
 II. 83
Contradiction. 89
Seule. 93
Madame Clorinde. 97
Une date. I. 101
 II. 105
 III. 107
 IV. 109
Muezzin. I. 115
 II. 117
Autre bonjour. 121
Madame Clorinde. 125